Aujourd’hui, votre habituelle grasse matinée du dimanche n’aura pas lieu. Le réveil sonne, les yeux peinent à s’ouvrir mais, la gourmandise aidant, vous n’avez pas tant de mal à vous lever. Et pour cause, aujourd’hui est un dimanche. Un traditionnel dimanche comme les familles unies aiment à en faire.

Aujourd’hui, vous avez rendez-vous à midi et demie chez mamie.

Sur le trajet qui vous mène dans l’antre des anciens, vous bougonnez tout de même. Comme beaucoup de gens, les repas de famille ne vous emballent pas toujours, surtout ceux qui laissent s’envoler une belle occasion d’honorer votre fainéantise. Les kilomètres passant, vous pensez à cette grasse matinée perdue, aux cinq derniers épisodes de la saison 7 de Game of Thrones que vous n’allez pas pouvoir avaler d’une traite, à l’oisiveté qui vous attendait ce jour-là, avant de retrouver le labeur du bureau. Vous pensez aussi à votre cousine Bertille, dont vous savez déjà qu’elle va vous parler de ses enfants, de ses enfants et de ses enfants. A votre grand-mère, justement, qui va certainement vous reprocher peu subtilement de ne pas venir la voir assez souvent. Vous trainez des pieds, en somme.

Et puis là, d’un coup, vous pensez à ce qui vous attend sur la table

A moins d’une envie soudaine de vexer la tradition, vous savez pertinemment que mamie n’a une fois de plus pas failli à sa culte recette. Vous entendez déjà votre père se désigner, fier, pour couper la carcasse, votre hôte l’observer pour inspecter le travail en cours, votre oncle Jacques râler parce qu’on ne lui a pas laissé de cuisse, et votre petit neveux crier parce que non, il ne veut pas de haricots avec ses pommes de terre. Chaque premier dimanche du mois c’est la même chose. Et chaque premier dimanche du mois, vous ne regrettez finalement pas de vous être levé pour aller vous attabler avec ceux qui vous agacent autant qu’ils vous font rire.

Ding-dong (votre grand-mère a une sonnette aussi âgée qu’elle). Derrière la porte, vous sentez déjà les arômes du poulet envahir vos narines. L’odeur du beurre se mêle à celle des herbes de Provence que votre cuisinière du jour aime semer ça et là, et la peau de la volaille dominicale crépite déjà dans le four. Vous n’aviez pas vraiment envie de venir et pourtant, vous souriez déjà. Assis à votre place habituelle, vous misez tout sur une cuisse. Miracle, personne ne l’a prise. Affamé, c’est avec votre main que vous attaquez le morceau. Heureux, c’est un grand merci que vous direz à Mamie…